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Paroles Militantes


PAROLES DE MILITANT(E)S : ISABELLE RAKOFF Envoyer

rakoffIsabelle, tu es première adjointe auprès du maire de Clamart, chargée des politiques sociales et du droit des femmes. Comment l’été s’est-il passé à Clamart ?

On peut dire que l’été s’est bien passé dans la mesure où les dispositifs que le Centre d’Action Social a mis en place pour les personnes isolées et les aînés ont parfaitement fonctionné. Nous n’avons heureusement pas eu de canicule mais je dois remarquer que si la canicule n’était pas présente, l’isolement des personnes âgées et aussi des personnes en difficulté, lui, était bien là. Je constate une dégradation considérable, y compris sur une ville comme Clamart - où certes les problèmes sociaux ne sont pas semblables à ceux d’autres communes - mais où beaucoup de personnes de tous âges (et j’insiste : les retraités actuellement) commencent à avoir de très sérieuses difficultés financières et nous sollicitent pour des aides alimentaires. On en est là : alimentaires, dans la mesure où elles ne peuvent plus subvenir au nécessaire.

Je tiens à le signaler parce qu’on voit l’écart considérable qui commence à se creuser entre une catégorie de la population qu’on pensait relativement épargnée et l’autre catégorie qui effectivement s’enrichit avec la crise. C’est vrai au niveau national mais on le retrouve aussi quand on voit le prix des appartements à Clamart. On a l’impression que les classes moyennes et les personnes qui avaient jusque-là la tête un peu au-dessus des flots, s’enfoncent. C’est tout à fait alarmant. On s’en aperçoit d’ailleurs en tant que simple citoyen. C’est un constat qui m’effraie.

altIsabelle, tu nous dis que la nature des urgences change, que de nouvelles catégories sociales sont touchées. Et pour les femmes ? On connaît ton intérêt pour leur situation, pour leur défense : quelle évolution en 2010 ?

C’est plus qu’un intérêt, c’est un combat de toujours puisque c’est celui qui m’a amenée à faire de la politique depuis de très nombreuses années maintenant. Je constate qu’on est dans une période où on assiste là aussi à un écart. Un écart notamment chez les jeunes femmes, voire les jeunes adolescentes. On a une catégorie de ces jeunes filles, de ces jeunes femmes, qui par chance, vu leur éducation, sont pleinement conscientes de leurs droits, conscientes qu’il faut faire des études, qu’il faut préserver leur santé. ; qui sont prêtes à consulter, par exemple pour les problèmes de contraception et qui entretiennent avec leurs copains, avec leur environnement masculin, des rapports de mixité tout à fait satisfaisants. Et puis on a des jeunes filles qui se renferment parce qu’elles ont peur. Elles ont peur de la violence verbale, peur d’être mal jugées - d’être traitées de «filles légères» comme je l’ai entendu.

J’assiste à une régression considérable qui me fait peur parce que ça va faire deux catégories de futures femmes dans la société : certaines qui seront tout à fait prêtes à vivre dans une société égalitaire, la seconde qui ne comprendra pas, ou qui ne comprend plus ou qui ne veut plus comprendre cette égalité - ou à qui on enfonce dans la tête  qu’il n’y a pas d’égalité homme-femme.  C’est problématique parce qu’au niveau mondial, au niveau européen, on est dans une société qui met en avant continuellement - et heureusement - l’égalité hommes-femmes. Dans la vie de tous les jours, il y a encore (je dirais : il y a à nouveau... ) un travail très important à faire sous des formes différentes. Je reçois effectivement dans mes permanences de Mairie des situations très difficiles. Notamment des jeunes femmes avec enfant qui se retrouvent seules, même : jetées dehors, victimes de violences, bien entendu. C’était l’année de lutte contre les violences, une loi est passée, protectrice. Il faut maintenant que dans la réalité la police puisse la faire respecter.

Oui, beaucoup d’inquiétudes. Je veux aussi parler des familles monoparentales, en augmentation, que l’on ne cesse de culpabiliser sur le fait que - parce qu’elles sont monoparentales - elles vont moins bien élever leurs enfants, elles vont moins bien s’en occuper ; qui vont être systématiquement montrées du doigt comme étant des cas sociaux. C’est insupportable : dans la réalité ce n’est pas exact ! C’est une injustice et un retour à des valeurs qui ne me plaisent pas énormément... Attention à ne pas rentrer dans une sorte de stigmatisation des familles monoparentales comme si elles étaient porteuses de futures délinquances, de futures violences, ce qui m’horripile d’autant plus que nous n’avons aucune politique familiale digne de ce nom menée par ce gouvernement !

Merci beaucoup, Isabelle. Nous aurons sans doute encore l’occasion d’évoquer ces problèmes avec toi.