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Les années passent… et on continue à mourir de faim dans l’indifférence  Envoyer
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Écrit par Thierry DORE   
Toujours plus ? Toujours plus… de victimes de la faim. Il y a néanmoins un progrès : depuis quelques années, les chiffres fournis par la FAO font la une des journaux pendant au moins un jour. Avant, seules les famines conjoncturelles étaient dignes d’intérêt.

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Il y a donc plus d’un milliard de nos semblables qui souffrent de sous-alimentation. Ces chiffres ne vous coupent pas l’appétit ? Alors entrons dans les détails. Ils sont 642 millions en Asie et dans le Pacifique ; 265 millions en Afrique subsaharienne ; 53 millions en Amérique latine et dans les Caraïbes ; 42 millions au Proche-Orient et en Afrique du Nord ; et 15 millions au total dans les pays développés (oui oui, chez nous aussi). Chaque année, 9 millions de personnes (soit en gros la population du Grand Paris) meurent de faim dans le monde. Toutes les 6 secondes dans le monde, un enfant meurt de faim. Chaque année, la faim et la malnutrition tuent plus de personnes dans le monde que les guerres, ou le sida, le palu et la tuberculose réunis. On estime que dans le monde 1 milliard de personnes souffrent d’un manque de fer provoquant une anémie (d’où un mauvais transport de l’oxygène par le sang). 740 millions de personnes (autant que toute la population du continent européen) ont un déficit en iode. Cette carence provoque un mauvais fonctionnement du cerveau et un retard de croissance. 100 à 140 millions d’enfants ont une alimentation trop pauvre en vitamine A qui a pour conséquences des déficits visuels (c’est la première cause de cécité dans le monde) et des retards de croissance.

Tout cela n’est pas fatal. La disponibilité alimentaire est globalement suffisante, aujourd’hui, pour nourrir correctement les habitants de la planète (ce ne sera pas le cas demain, sans grands changements). Les causes de la sous-alimentaion et de la malnutrition actuelles sont multiples, variables selon les pays. Néanmoins, il existe une donnée forte : ce sont les pauvres qui souffrent de la faim et de la malnutrition, y compris dans des pays qui disposent de suffisamment d’aliments (c’est ce qui se passe chez nous par exemple). Est-ce à dire que la lutte contre la faim est d’abord une affaire interne aux pays chez qui elle sévit ? Certainement pas ! Certes nous ne pouvons pas nous substituer (et de quel droit le ferions-nous) aux responsables et aux citoyens de ces pays. Certes nous ne pouvons pas lutter directement, depuis ici, contre la corruption là-bas. Mais nous pouvons néanmoins agir politiquement ! Nous pouvons au moins :

  • Faire en sorte que les inégalités à l’échelle planétaire deviennent un sujet central de la politique des pays développés

  • Exiger que le budget de l’aide au développement soit accru

  • Peser pour que les relations diplomatiques prennent davantage en compte les questions sociales

  • Proposer des règles économiques internationales préservant les intérêts des pays les plus pauvres, fusse à notre détriment

Il ne faut pas que la lutte contre les inégalités en France et en Europe nous fasse oublier que les inégalités, ailleurs, tuent massivement par la faim.

Commentaires
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PhW   |86.69.153.27 |21-06-2009 13:26:12
Il a raison, Thierry.

Situation d'autant plus choquante pour nous,
Européens, que la malnutrition sévit de façon complètement disproportionnée
en Afrique.

En vérité, les anciennes puissances coloniales, qui conservent
des moyens d'action particuliers, n'ont pas de quoi être fières.

Des moyens
d'action particuliers : pas seulement la présence militaire ou la présence
économique. Nous avons aussi en France des institutions telles que l'IRD ou le
CIRAD, qui figurent parmi les meilleurs centres de réflexion, de recherche et
d'expertise au monde pour ce continent.

Alors nous Européens, Français et
Anglais notamment, avons aussi des responsabilités particulières.

Au-delà
de la reconnaissance des mauvaises actions commises pendant l'ère coloniale, la
meilleure façon de réparer serait de s'investir pour améliorer la situation
actuelle.

Le Gabon n'est pas le pays le plus misérable. Pourtant c'est un
pays exemplaire par la façon dont les ressources sont mal utilisées. La mort
de Bongo donne l'occasion d'envoyer un signal, d'imprimer des oritentations à
nos attitudes. Cette occasion sera-t-elle saisie par le gouvernement actuel ? Il
n'y a pas lieu d'être optimistes. Soyons vigilants et insistants.
patrice  - Nord Sud   |92.151.166.217 |22-06-2009 00:50:26
La première fois que j’ai entendu parler de famine dans le monde date de la
« guerre du Biafra ». A cette époque, entre 1967 et 1969, certains « french
doctors » lancent l’ONG « Médecins sans frontières » pour venir en aide
aux réfugiés. Le blocus terrestre et maritime du Biafra provoqua une famine
qui a sensibilisé via les médias les pays « riches » du Nord (une
première).
A la lecture des chiffres publiés dans ce post et que je ne
conteste pas, force est de constater que dans les 30 années qui ont suivis ce
désastre, aucun gouvernement, en France comme ailleurs, n’a trouver la
solution.
Parmi les quatre propositions citées par T. Doré, je ne retiendrais
que la dernière, les trois premières n’ayant rien donné ces 30 dernières
années sauf à enrichir quelques débats télévisés, à nourrir la corruption
ou à isoler davantage les populations en souffrance.
S’agissant de la 4ème
proposition « des règles économiques internationales préservant les
intérêts des pays les plus pauvres, fusse à notre détriment », c’est tout
de suite plus intéressant.
Au fait, ce serait au détriment de qui ?
Les
famines étant d’abord un problème agricole, je ne suis pas sur que les
producteurs de lait en colère ces derniers jours avec un prix du lait à 210
€ les 1000 litres soient disposés à des baisse supplémentaires de prix au
nom d’une régulation mondiale des prix agricoles.
Je ne suis pas sur non
plus que les agents du secteur public qui ont manifesté en janvier et en mars
soient disposés à accepter une réduction des effectifs pour accorder une part
plus importante du budget de l’Etat à l’aide au développement.
Enfin, je
ne suis pas sur que les restaurateurs et autres employeurs ou artisans soient
disposés à accepter une augmentation de la TVA qui servirait à des
investissements dans les pays en voie de développement.
La réponse ne peut
être uniquement française. Commençons par comprendre et accepter l’Europe
telle qu ‘elle est. Une fois ce travail fait, peut être que son poids
pourrait peser dans ce grand bazar mondial. Pour l’heure, notre « french
doctor » national est toujours la. Il a remplacé ses sacs de riz par de la
pédagogie et de la diplomatie.
C’est sûrement plus utile que ces
pitoyables stars du show-biz présentés dans le post et qui réclament un film
contre la faim.
Patrice
jerome   |82.224.238.36 |22-06-2009 09:02:31
Patrice,

Les premières propositions n'ont jamais vraiment été appliqués
autrement que par du souppoudrage.
Quand aux remarques franco-françaises le pb
des producteurs de lait est que l'on a pousser massivement à la production de
lait et que certains intermédiaires ainsi que la grande distribution forcent
les prix à la baisse pour acroitre leurs marges.
Si le gouvernement n'avait
pas donné dans le populisme et le clientelisme fiscal il y aurait aussi plus de
marges de manœuvres.

Il est étonnant que la remarque sur le docteur K soit en
complète contradiction avec vos remarques du début. Quand aux pitreries des
stars du show bizz leur action est relayée par l'association "action contre
la faim" et est une action internationale, mais cette association est sans
doute à vos yeux pitoyable.

Bien sur la France ne peut pas grand chose toute
seule mais ce n'est certe pas une raison pour ne rien faire contrairement a ce
que votre commentaire laisse sous-entendre.
sylvie  - réponse à patrice   |92.144.131.172 |28-02-2010 21:59:36
Bravo Patrice ! C'est exactement ce que je voulais répondre à la grande
majorité d'indifférence ou d'hypocrisie face à ce cauchemar de la faim dans
le monde qui dure... et face à ces "pitoyables stars du show-biz qui
réclament un film..." !! je dirais que ce n'est rien d'autre que répugnant
car leur but et leur nature est avant tout de se mettre en lumière, faire
parler d'eux,... Les autres exemples sont bien sûr ici, dans ce pays de
râleurs qui occupent bien l'actualité... Et merci de citer ces corps de
métiers qui ne proposent jamais de reverser aux plus miséreux de la planète.
Il faut le dire et le redire, sinon qui le fera ?? Donc à notre tour ! Quel
réconfort de pouvoir enfin s'exprimer avec quelqu'un du même avis, dans mon
coin je passe pour une "anar" qui ne s'entend avec personne, cela est
aussi est pitoyable !
Merci encore Patrice, il faudrait organiser des débats
de cet ordre. A suivre... Cordialement. Sylvie
BLANCHE NEIGE   |193.17.19.232 |22-06-2009 17:09:15
la lutte contre les inégalités en France est de toutes les façons liée à
celle contre les inégalités dans le monde!
Toutefois si nous le savons je
comprends fort bien que nos concitoyens, enferrés dans leurs problèmes
quotidiens et qui ne s'en sortent plus, ne veulent pas pour certains, l'entendre
ou l'écouter...quoi que la générosité, la vraie, vient des plus modestes et
de ceux qui n'ayant pas grand chose, vont agir pour ceux qui n'ont rien du
tout.
Quoi qu'il en soit, celui qui est au pouvoir en France c'est Sarkozy et
plus les jours passent et plus il devient fort : c'est vrai que comme dit
Diogène, en face c'est de plus en plus le vide sidéral.
Enfin, en face du
côté des tenors ! car sur le terrain les socialistes sont là, ils se
démènent, les élus font leur boulot et plus encore car en plus l'Etat les
laisse bien se dépatouiller!
Alors, quand du passé faisons -nous table rase ?

Comme disait Francis Blanche dans ls Tontons Flingueurs : "on n'est pas
venu là pour beurrer les sandwiches ! " eh non et ni pour les manger.....Et
si les bases réagissent toutes les unes après les autres le réveil va sonner
et tout le monde sautera du lit! Blanche -nEIGE
Thierry Doré   |88.122.18.206 |22-06-2009 21:26:52
Bonjour Patrice

Comme beaucoup vous vous trompez dès le départ, car vous
confondez sous-alimentation et famine (illustrant de manière éclatante
qu'en-dehors des périodes de famine, qui seules attirent l'attention, tout le
monde se fout des victimes de la faim). Le terme famine est généralement
utilisé pour un phénomène aigu localisé et temporaire. La famine du Biafra
(un million de morts)dont vous parlez en est un exemple, il y en a
malheureusement des tas d'autres. La sous-alimentation qui fait l'objet de mon
article est différente : il s'agit de situations hélas chroniques, en-dehors
de tout phénomène exceptionnel (de type climatique, ou crise politique). En
moyenne, si on s'en tient aux décès, la sous-alimentation fait chaque année
environ dix fois plus de victimes que la famine du Biafra . Votre analyse qui
serait déjà douteuse pour les famines, n'a pas de sens pour la
sous-alimentation (et la malnutrition).

Il faut donc corriger deux erreurs
grossières dans votre réponse :

- Si, heureusement, il y a eu des progrès
dans la lutte contre la sous-alimentation, mais ils sont inachevés. Le nombre
de personnes sous-alimentées était de 1.5 milliard dans les années 50
(chiffre incertain), de 950 millions dans les années 70, de 800 millions dans
les années 90. En valeur relative, la population ayant fortement crû, la
baisse est nettement plus forte. Mais le chiffre est remonté en valeur absolue
depuis le début des années 2000 - et très fortement depuis deux ans.
- Non,
la question de la sous-alimentation n'est pas d'abord une question agricole. Au
moins à l'heure actuelle, c'est une question d'abord économique. Je le redis :
dans certains pays il y a une disponibilité moyenne en aliments suffisante pour
éviter la sous-alimentation, mais une fraction de la population est trop pauvre
pour se procurer les aliments qui lui permettent d'échapper à la
faim.

Au-delà de ces erreurs, vos prises de position vous marquent de manière
presque amusante (si le sujet n'était si grave). En fait pour vous (i) on a
déjà tout essayé et rien ne marche (mais non, je suis désolé, cette
question n'est pas au centre des débats politiques, les relations diplomatiques
se préoccupent infiniment plus des intérêts de nos entreprises que du sort
des habitants, et je ne vois pas comment l'accroissement de l'aide au
développement serait systématiquement contre-productif) ; (ii) si la prise en
compte des pays du Sud doit se faire à notre détriment, ce sont forcément les
paysans, les fonctionnaires, les petites entreprises et les employés qui
doivent payer (mais non Patrice, dans ce cas, cela doit se faire avec une
redistribution des richesses chez nous aussi).

Je vous rejoins néanmoins sur
un point, l'intérêt du niveau européen. Pour le reste, votre position est
pour moi affligeante, en ce sens que même si vous ne contestez pas les
chiffres, vous accréditez la thèse selon laquelle
la sous-alimentation est
dans un certain sens inévitable. Chacun peut donc rentrer chez soi vaquer
tranquillement, on s'occupera de tout cela un jour. Ou l'autre, plutôt.
Patrice  - La faim dans le monde   |83.145.100.34 |23-06-2009 15:07:53
Oh que non Thierry. Je n’accrédite pas la thèse selon laquelle la
sous-alimentation est inévitable ce qui m’autoriserait quelques
désintérêts sur cette question. D’ailleurs, s’exprimer ou réagir sur ce
sujet est en soit une action.
Mon propos se voulait plus modeste puisque je
n’ai pas la solution. Cela ne m’empêche pas de déplorer le peu de
résultats obtenus (un milliard d’individus sous alimentés aujourd’hui) par
ceux qui ont été en charge des affaires ces trente dernières années.
J’ai
illustré mon propos avec le parcours de Kouchner en espérant que son action
actuelle sur le terrain de la diplomatie soit plus efficace que ses actions
précédentes (depuis le Biafra).
Dans votre post, ce sont quatre mots qui
m’ont fait réagir : « fusse à notre détriment ».
Je pense que les
français (comme tous les européens et nord-américains) sont capables de
grandes générosités en matière de dons, de bénévolat et autres actions
militantes via des ONG mais je ne les vois pas remettre en cause leur condition
de vie et de consommation.
Cette constatation s’est vérifiée par
l’ampleur des manifestations ces derniers mois. Elles ont montré une
inquiétude sur les conditions de la reprise et de l’emploi chez les salariés
et sur le maintien des conditions de travail et de pouvoir d’achat chez les
agents du secteur public. D’autres revendications, tout aussi corporatistes
peuvent être faites auprès des professions libérales ou des
entrepreneurs.
Cette question dépasse donc largement le débat très français
entre politiques dites sociales et libéralisme. Cette France qui peine déjà
à régler ses problèmes de « redistribution des richesses » n’aura pas les
moyens autrement que par du saupoudrage de s’occuper de la faim dans le monde.

Cela ne doit pas l’empêcher de s’impliquer dans ce qui peut être fait à
un niveau européen voire mondiale et ce quelque soit les options politiques
(libérales) de la Commission Européenne.

Patrice
Thierry Doré   |92.133.160.37 |23-06-2009 23:09:51
Hé bien Patrice, nous ne sommes vraiment pas d'accord. Je ne voudrais pas
inutilement allonger cet échange, c'est toujours un peu laborieux les
discussions sur les blogs, et c'est de lecture peu aisée. Néanmoins :

1. On
ne peut pas dire que l'action contre la sous-alimentation ait été inefficace.
Elle a été efficace quand la solution passait d'abord par une amélioration de
la productivité agricole ; elle ne l'est plus maintenant.
2. Je ne vois
vraiment pas ce qui peut vous autoriser à traiter avec un tel mépris l'action
des ONG qui interviennent en cas de famine. La trajectoire de B. Kouchner
m'intéresse peu, mais si vous avez voyagé dans les pays du Sud en zone rurale,
vous pouvez facilement imaginer ce que l'aide médicale et alimentaire d'urgence
peut apporter dans ces situations - ce n'est pas tout, mais ce n'est
certainement pas rien.
- La France fait partie d'un des pays les plus riches du
monde par habitant (et dans l'absolu). Si on considère qu'on ne peut pas
soustraire une partie de cette richesse pour aider les pays en développement
alors oui, vraiment, on accrédite la thèse qu'on ne peut rien faire.
-
Effectivement notre pays peine à redistribuer ses richesses. Pour autant, si on
augmente la part de notre PNB consacrée à l'aide au développement de 0.3%, on
ne réduit pas notre pays à la misère, et on dégage une somme correspondant
à peu près à deux fois le PNB d'Haïti. Si une action concertée des pays
riches est réalisée, je ne crois pas qu'on puisse considérer cela comme du
saupoudrage.
- Et effectivement notre pays peine à redistribuer ses richesses :
c'est bien pour cela que je suis au Parti Socialiste !
- Il est presque
inconvenant voire insultant de considérer que toutes les manifestations
procèdent du conservatisme. On peut aussi manifester par exemple pour le
service public, ou pour la défense de l'emploi, ou... pour une meilleure
répartition des richesses...
- Enfin, je ne suis pas aussi pessimiste que vous
sur l'inaptitude des citoyens au changement. Je pense que si on leur explique la
situation, une partie au moins d'entre eux seront prêts à bouger. Mais qui se
préoccupe de leur expliquer la différence entre la sous-alimentation et la
famine ? On préfère leur expliquer à longueur de journée qu'il vaut mieux
qu'ils gagnent plus pour consommer davantage...
patrice   |83.145.100.34 |24-06-2009 17:10:08
à T. Doré
merci pour cette échange,
à une prochaine...
patrice
Thierry Doré   |91.172.126.49 |24-06-2009 19:18:27
Je vous en prie ...
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