Le Parquet de Paris vient d’ouvrir une information judiciaire concernant l’origine des suicides chez France Telecom, en particulier pour harcèlement moral, sur la base d’un rapport remis à la justice par l’inspection du travail. Comme quoi, il ne fallait pas désespérer, six mois après la pétition : « Travailler tue en toute impunité, pour combien de temps encore ? » que nous avions relayée.
Pour la 1ère fois, ce ne sont pas seulement des cas individuels qui sont évoqués, mais l’ensemble d’une politique de management menée depuis plusieurs années dans le cadre d’objectifs précis en matière de diminution des effectifs. C’est tout un système qui est mis en cause dans sa logique et ses modalités. Et France Telecom n’est que l’exemple le plus médiatisé de méthodes souvent mises en place lors de restructurations et de fusions d’entreprises.
Le PS vient de lancer un travail de fonds sur son projet qui va donner lieu à réflexions et discussions tout au long de l’année. Comme l’a déclaré Martine Aubry, nous souhaitons que l’on aille vers une « société du bien-être et du respect ».
Or, le travail représente une part très importante et surtout très structurante de notre vie sociale, et même personnelle. Après deux décennies de recherche obsessionnelle de gains de productivité et de pression croissante sur les salariés, il faut redonner au travail le sens qu’il a trop souvent perdu.
Grâce à la médiatisation du cas France Telecom, le MEDEF a enfin accepté de négocier avec les syndicats sur le harcèlement et la violence au travail : un projet d’accord a été signé fin mars, prenant en compte l’organisation du travail et du management dans les causes possibles de violence et de harcèlement. C’est un 1er pas, mais il ne s’agit que de recommandations et l’accord devra être mis en musique par les branches professionnelles.
La course effrénée au profit, exigée par les actionnaires, se traduit par « travailler plus pour gagner plus (et encore !) ». Les statistiques et les sondages montrent que les Français n’ont pas du tout à rougir concernant leur productivité au travail, et qu’ils aspirent à « travailler mieux pour vivre mieux ».
Afin de lutter contre la souffrance au travail, il faut pouvoir la détecter, la nommer et la dénoncer. Pour cela, le PS propose de renforcer l’indépendance du Comité d’Hygiène et de Sécurité et de la médecine du travail : de nombreux cas récents de médecins courageux ont montré les pressions dont ils pouvaient faire l’objet de la part des dirigeants.
Quant à l’Inspection du Travail, elle a montré son efficacité dans cette affaire et doit voir ses moyens renforcés, ce qui n’a pas été le cas malgré les promesses réitérées du gouvernement. Rappelons-nous qu’elle a toujours été la bête noire du patronat. Une des premières mesures de Chirac, lors de la 1ère cohabitation, avait été de réduire ses moyens de manière drastique. Faisons, quand il le faut, notre mea culpa : la gauche revenue au pouvoir, n’a pas osé alors mener à nouveau cette bataille. Il est temps de redévelopper cette fonction, dans une société où la dérégulation règne en maître.
Plus généralement, il est essentiel de combattre pied à pied l’idéologie purement libérale qui justifie la maltraitance au travail sous couvert de compétitivité et de mondialisation.
Le management brutal des employés a gagné beaucoup trop d'entreprises. La Poste prend ce chemin depuis un moment semble-t-il. Dans un courriel, le Directeur des bureaux de postes de Paris Sud ouvre une "chasse ouverte jusqu'à épuisement (rapide) des espèces qui ne sont pas protégées" - chasse aux mauvais vendeurs - et prône "leur extermination". La Justice a du travail devant elle...