Le 12 avril commenceront les consultations sur les retraites. Vrai sujet qui demande qu’on dresse un état des lieux exact puis qu’on fasse des propositions responsables. Ça commence mal.
Dans «Attaque sur les retraites» Jérôme Mély a déjà dénoncé la tactique habituelle de l’UMP consistant à élaborer un scénario catastrophe pour faire passer ensuite une proposition soi-disant plus «anodine» ; mais allongement des cotisations et recul de l’âge légal de départ à la retraite = baisse inéluctable des pensions.
Il rappelle au passage le refrain qu’on nous serine «On vit plus longtemps, on doit cotiser plus longtemps». Ce qui donne chez Xavier Bertrand : «Quand la retraite a été mise en place à 60 ans, avec application en 1982, vous aviez au moment où vous partiez en retraite dix ans d’espérance de vie. Aujourd’hui, quand vous prenez votre retraite à 60 ans, vous avez vingt-deux ans d’espérance de vie.» Je parie qu’on va encore entendre ce gros mensonge, décortiqué dans un papier de Desintox dont j’ai malheureusement perdu les références :
« Les chiffres du secrétaire général de l’UMP sont faux. Aujourd’hui, l’espérance de vie à 60 ans (nombre d’années restant à vivre au-delà de cet âge) est de 22,2 ans pour les hommes et de 27 pour les femmes. Mais surtout, l’évolution depuis 1982 est loin d’être aussi spectaculaire que ne l’affirme Bertrand. En 1980, l’espérance de vie à 60 ans n’était pas de dix ans comme il le dit, mais de 17,3 ans pour les hommes, et de 22,4 ans pour les femmes (Rapport du COR, voir tableau, p.6). Depuis trente ans, elle n’a donc pas progressé de dix ans, comme il le suggère, mais de 4,9 ans chez les hommes et de 4,6 ans chez les femmes. Selon les projections de l'INSEE, l'espérance de vie à 60 ans devrait, dans les décennies à venir croître d'environ 1,3 année tous les dix ans (rapport du COR, p.6). Un rythme nettement moins effréné que ce que Bertrand décrit.»
De plus l’allongement de l’espérance de vie a déjà été prise en compte dans la réforme de 2003 dont le rapporteur était... Xavier Bertrand. En 2008, pour garder un rapport constant entre durée de cotisation et durée moyenne de retraite, les cotisations ont été poussées à 41 ans (progressivement entre 2008 et 2012). Et sauf qu’une durée moyenne de retraite n’a aucun sens : l’espérance de vie est totalement différente entre un ouvrier et un cadre : sept ans de moins pour l’ouvrier ! Exagérations, mensonges et catastrophisme parsèment le discours de la majorité : pour éviter de parler du chômage (qui vide les caisses retraite), de la non participation des revenus de la finance, des dettes de l’état ?
On constate encore une fois que l'on s'adresse au cerveau reptilien (celui qui ne réfléchit pas)avec des phrases choc qui semblent frappées au coin du bon sens si on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez. Il y avait le fameux "travailler plus pour gagner plus" nous voyons aujourd'hui ce qui reste de ce slogan il y a maintenant "on vit plus longtemps il faut cotiser plus longtemps" qui est un leurre.
Un principe de précaution face à ce qui parait si évident est d'essayer de comprendre ce qui se cache derrière et d'analyser les conséquences mais cela Mr Bertrand semble ne pas l'avoir fait.