Henri Proglio a été appelé à la tête d’EDF par le Président de la République. Il n’en avait apparemment pas envie mais il a cédé à son ami Nicolas Sarkozy, à la double condition d’avoir un pied chez VEOLIA et de garder son niveau de rémunération. Voilà comment est né le scandale Proglio.
Le scandale est double : politique et économique.
Politique, parce que la rémunération des patrons des quarante plus grosses entreprises françaises ne relève pas de la catégorie des « salaires». Avec une moyenne de 3,6 millions d’euro, leurs revenus sont colossaux, comme pour certains footballeurs ou acteurs (les autres citoyens se demandent comment on peut dépenser des sommes qui égalent le budget d’un petit pays ; certains parlent de confiscation de masses financières prises, soit aux travailleurs, soit aux consommateurs, pour être redistribuées à un petit nombre de hauts responsables des entreprises). C’est pourquoi sans doute monsieur Prioglio, avec ses pauvres petits 2 millions annoncés, faisait presque pitié aux ministres et aux députés UMP qui le défendaient ardemment.
Politique, parce que le gouvernement a accepté qu’ Henri Proglio fasse sensiblement augmenter sa rémunération de PDG en arrivant à EDF (entreprise publique dont l’état est actionnaire), la portant à 1,6 million d’euro tout en acceptant que VEOLIA (entreprise privée) lui vote une «indemnité» de 450 000 euro.
Politique, parce que ce cumul de rémunération a d’abord été démenti par la ministre des finances, puis défendu par le gouvernement, devant l’opinion et devant le parlement, dévalorisant une fois de plus la parole ministérielle et l’institution parlementaire.
Politique, parce qu’en affirmant que ces rémunérations étaient justifiées, un argument (encore repris par monsieur Copé à France Inter, jeudi matin) a été martelé : ces grands patrons à la compétence extraordinaire sont rares, il faut les récompenser et les garder. Mais voilà : ces grands patrons sont tous... des hommes. On lit donc « en creux » que les femmes sont incompétentes : ça va faire plaisir à la moitié de l’humanité.
Finalement le 21 au soir, Nicolas Sarkozy a défait une partie de ce qu’il avait conçu (ça devient une habitude de gouvernement) et Henri Proglio a abandonné l’indemnité votée chez VEOLIA. Sur le plan symbolique, le scandale s’éteint.
Mais le scandale continue sur le plan économique. Ce cumul d’une présidence non-exécutive d’une entreprise privée, VEOLIA, et de la présidence d’une entreprise publique, EDF, est unique, semble-t-il. L’une doit promouvoir les bénéfices d’actionnaires, l’autre, distribuer l’électricité à tous. Les deux entreprises ne travaillent pas dans le même domaine mais peuvent entrer en concurrence sur certains marchés. Une entreprise peut vouloir absorber l’autre. Les deux peuvent vouloir fusionner... Dans tous les cas, il y a conflit d’intérêt. Laquelle Henri Proglio défendre-t-il ? Ni actionnaires, ni employés ne peuvent avoir confiance.
«Montage baroque», «construction juridique scabreuse» : les commentateurs économiques de droite comme de gauche ne savent plus comment décrire cet ovni. Mais monsieur Santini, tête de liste UMP aux Régionales pour le 92, trouve le «tumulte amusant et inspiré par la jalousie» ; «face à la connerie générale, il faut présenter des mesures simples», dit-il. C’est vrai qu’il travaille depuis longtemps avec VEOLIA : on lui pardonnera donc ces sorties étonnantes.
Pour nous, monsieur Henri Proglio, vous devez démissionner d’une de vos fonctions.
Brigitte CANTIN
- Les augmentions de tarifs et M. Proglio
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|22-01-2010 18:45:43
Il y a quelques mois EDF augmentait ses tarifs. On comprends maintenant pourquoi; il fallait faire des provisions pour payer le futur PDG.
A cet époque P. Walteufel écrivait sur ce site "Ou va EDF?" et l'on se demandait ce qu'il allait advenir de ce service public. Aujourd'hui, ça sent bon la privatisation!!
Sinon, pourquoi M.Proglio garderait-il sa casquette "privé". Ne va-t-on pas vers la fusion d'EDF et de VEOLIA?
Comment peut-on accepter l'idée de ce cumul public/privé? C'est totalement aberrant et je trouve que nos hommes politique, mais peut-être aussi nos journalistes ont été longs à la détente. Il a fallu ce scandale du salaire pour faire émerger ce scandale de double casquette.Si ce n'est pas pour nationaliser Véolia (ce qu'a affirmé Proglio à l'Assemblée) c'est donc pour privatiser EDF, toujours sournoisement, comme c'est l'habitude pour ce gouvernement. Ou alors M.Sarkozy n'a plus assez d'amis pour mettre à la tête de tous les grands groupes français et il est obligé de leur donner deux groupes à la fois!!Quelle tristesse!
Interrogé sur le cumul des fonctions de M. Proglio, qui suscite aussi la polémique, Martin Hirsch a estimé que "ça vaudrait la peine de poser la question à l'Autorité des marchés financiers (...) parce que, mettons que ce patron ait encore des stocks-options de l'entreprise et qu'il aille peut-être en vendre à l'autre (entreprise), ça pose peut-être des problèmes". Fin octobre, Veolia avait indiqué que M. Proglio allait renoncer à
l'attribution de nouvelles stock-options mais qu'il conserverait celles qu'il détenait déjà. (voir lemonde.fr , "EDF, Veolia : Henri Proglio est toujours pointé du doigt")