Un des fleurons du photo journalisme, l'agence Gamma, va déposer le bilan à la fin du mois.
Gamma c'est le troisième fond photographique du monde, ce qui représente une richesse documentaire inestimable sur les 40 dernières années. Gamma c'est aussi des photographes, grands reporters qui n'ont jamais hésité à aller chercher l'image au coeur de l'action; certains furent bastonnés par des forces de l'ordre, certains comme Gilles CARON (un des fondateurs de l'agence avec Raymond DEPARDON) y ont même laissé leur peau. Les photographes de l'agence ont fait leur boulot loin des équipes « Embedded » en sachant éviter les tribunes officielles, pour nous ramener de tous les coins de la planète, du moindre conflit, des images parfois dérangeantes car reflets des évènements qui se passaient devant leurs objectifs.
Mais voilà Gamma n'était plus gérée par des journalistes mais par des financiers ( fond d'investissement Green Recovery) et est, comme le signalent certains membres de l'agence, « victime d'un sabotage organisé ».
Sans des agences comme Gamma nous n'aurons plus que des images aseptisées, celles guidées par les dirigeants des photos « embedded »; posez- vous ici, shootez cela ; et quand des journalistes s'écarteront du droit chemin ils se prendront un flash ball dans la figure comme Joachim Gatti qui a perdu un oeil le 8 juillet dernier (manifestation contre l'expulsion du squat à Montreuil) ou seront malmenés par la police comme les deux photographes qui furent embarqués par la police le 14 juillet dernier (ils photographiaient le défilé de la Brigade Activiste des Clowns, mouvement plutôt bon enfant) avec demande des forces de l'ordre d'effacer les images.
Tu as raison, Jérôme, d'attirer notre attention sur la disparition de l'agence Gamma, et plus généralement sur les transformations de la photo de presse. Ce sont les archives de demain que l'on raye d'un trait de plume. Le travail des historiens ne sera pas simple ! Plus de lettres à éplucher (remplacées par des mails éphémères), des photos posées (dictées par les militaires lors des conflits), des fonds interdits (nouvelle loi sur la mise en secret défense de Ministères entiers !)...
Peut-être fallait-il changer le statut des photos-reporters pour que l'Agence survive, comme l'estime Depardon. Mais il ne fallait pas que les fonds de pension s'en mêlent, décidant de payer au tarif de base des reportages exigeants de longs mois d'enquête, des voyages, des camouflages..., soit dix fois moins que leur coût.
On nous accuse de trop crier au loup... Pourtant, comment ne pas s'interroger sur les menaces qui pèsent sur l'information (j'éviterai de m'étendre sur le délicieux "portrait" sur une chaîne publique du président de la République la veille du 14 juillet) ?