Comment débobiner la pelote des mésaventures des familles Bettencourt et Woerth ? Voici deux pistes.
D'où proviennent les ennuis de la famille Bettencourt ? De ce que Liliane B. est une très riche héritière, prise dans un affolant tourbillon entre ceux et celles qui rêvent de décrocher un morceau, petit ou gros, de ce gigantesque héritage. Faut-il, comme ont dit certains, ne pas aimer les riches ? Ça dépend. Dans notre monde, il est légitime de faire fortune. Par exemple le père de Liliane Bettencourt, qui était loin d'être un saint, était un entrepreneur génial. Qu'il soit devenu très riche n'est pas choquant. Mais pourquoi sa fille Liliane est-elle richissime, elle qui ne s'est, comme écrivait Beaumarchais, que donné la peine de naître ? Maintenant on voit à quel point cette fortune lui donne des soucis, cette fortune qui attire les charognards de tous bords et dont au soir de sa vie elle ne sait que faire. Une France d'entrepreneurs, ça n'est pas antipathique, au contraire. Mais une France d'héritiers, ça offense l'avenir. En convoquant cette France des héritiers au Fouquet's le soir de son élection en 2007, N. Sarkozy nous indiquait le chemin à ne pas suivre.
Ensuite, pourquoi tous ces ennuis de la famille Woerth ? Ne vous laissez pas prendre aux discours outragés sur la présomption d'innocence : E. Woerth est tout à fait coupable. Il ne s'agit nullement ici d'une infraction ou d'un délit, qui existent peut-être, c'est l'affaire de la justice : il est coupable d'une faute déontologique parce qu'il s'est mis, en tant que ministre du budget, en double risque de conflit d'intérêt. D'une part il a conservé sa tâche de trésorier de l'UMP ; de l'autre il a accepté que son épouse travaille à aider un contribuable fortunée à contourner la loi fiscale.
Le risque de conflit d'intérêt est prouvé, incontestable. Impossible d'invoquer un tribunal : en l'absence d'une instance ordinale (Un "Conseil de l'ordre des responsables politiques" ? on pourrait y réfléchir), il n'y a qu'un seul juge, c'est l'opinion des citoyen-ne-s, et vous savez qu'il n'y a pas d'appel.
Cette réflexion sur ce qui arrive à E. Woerth prend tout son sens au moment où le PS vient de s'engager à proscrire le cumul des mandats. En vérité, la volonté d'éviter les risques de conflits d'intérêt (entre un élu local et un élu à mandat national, cela se produit tout le temps) est la raison fondatrice de la règle de non-cumul. Ce risque est avéré, et c'est pourquoi notre décision est sage et il va falloir nous y tenir.